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Lundi 6 juillet 2009

Jean-Baptiste Tati-Loutard tire sa révérence,
laissant une œuvre littéraire immense



Jean-Baptiste Tati-Loutard, l’un des leaders du mouvement culturel congolais, a tiré sa révérence samedi 4 juillet à Paris. Écrivain, critique d’art et professeur à la faculté des lettres et des sciences humaines, il a conjugué vie littéraire et vie politique. Il lègue aux Congolais un héritage immense, marqué par quarante ans de présence littéraire

INé le 15 décembre 1938 à Ngoyo, dans la commune de Pointe-Noire, Jean-Baptiste Tati-Loutard est considéré comme l’une des voix majeures de l’Afrique francophone. Il fait ses études au lycée Chaminade à Brazzaville, puis à l’école marianiste près de Pointe-Noire. Après l’obtention de son baccalauréat, il amorce une première carrière de professeur. Entre 1961 et 1966,
il continue ses études à Bordeaux (France). Après une licence de lettres modernes en 1963 et d’italien en 1964, il enseigne
la littérature et la poésie au Centre d’études supérieures de Brazzaville. Après plusieurs années d’enseignement, Tati-Loutard devient directeur de l’École supérieure des lettres et directeur du Centre d’enseignement supérieur de Brazzaville. Plus tard,
il sera doyen de l’université des sciences humaines. À partir de 1975, Jean-Baptiste Tati-Loutard devient tour à tour ministre
de l’Enseignement supérieur, de la Culture et des Arts, et du Tourisme. Après être retourné à l’enseignement pendant quelques années, il est ministre des Hydrocarbures de 1997 jusqu’à sa mort.

Tant dans sa vie d’écrivain que dans sa vie d’homme politique, Jean-Baptiste Tati-Loutard a travaillé à fournir des réponses africaines aux défis de la condition humaine. Son activité poétique, déployée sur une quarantaine d’années, a donné forme
à une réflexion profonde sur l’art et la vie, la nécessaire réconciliation des contraires, et le douloureux passage du temps. Éminemment lyrique, la poésie loutardienne convoque les éléments de la nature dans un double mouvement contemplatif
et réflexif. Parmi les éléments, la mer occupe une place privilégiée (cela s’explique par les origines côtières du poète), mais aussi l’élément féminin, abondamment célébré dans ses œuvres. « Le fait de n’avoir pas connu mon père, mort alors que j’avais moins d’un an, m’a laissé dans l’univers de la femme. Je suis l’unique garçon de ma famille, avec quatre sœurs, et j’ai donc grandi parmi les femmes », justifiait-il.

L’écrivain Henri Djombo a souligné l’honnêteté et l’humilité qui caractérisait Jean-Baptiste Tati-Loutard :
« J’ai été dans le gouvernement avec lui de 1980 à 1985. J’étais plus jeune, mais nous avons toujours eu des rapports pleins de respect et de politesse. Il ne me prenait pas pour un gamin, m’accordait l’importance due à mes fonctions et à ma personnalité. C’était un aîné très modeste, intellectuellement honnête et courageux, car on ne peut emprunter la voie de l’écriture si l’on n’est pas courageux. Je l’ai connu sur le plan littéraire en lisant son premier roman,
LeRécit de la mer. »

Œuvre poétique :
- Poèmes de la mer, Éd. Clé (1968)
- Les Racines congolaises, Éd. Oswald (1970)
- L’Envers du soleil, Éd. Oswald (1970)
- Les Normes du temps, Éd. Monde noir (1974)
- Les Feux de la planète, NEA (1977)
- Le Dialogue des Plateaux, NEA (1985)
- La Tradition du songe, Présence africaine (1985)
- Le Serpent austral, Présence africaine (1992)
- L’Ordre des phénomènes
- Le Palmier-Lyre

Œuvre en prose :
- Chronique congolaise, Éd. Oswald (1974)
- Visage du Congo, Éd. Publi Congo (1974)
- Nouvelles Chroniques congolaises, Présence africaine (1974)
- Anthologie de la littérature congolaise d’expression française, Éd. Cie
- Le Récit de la mort, Présence africaine 1987
- Fantasmagorie, Présence africaine1998
- Livres mélanges, Présence africaine 2003
- Nouvelle Anthologie de la littérature congolaise, Monde noir 2003
- Le Masque de chacal, Présence africaine 2006

Distinctions littéraires :
- Prix Simba du Corriere africano pour la poésie en 1977
- Prix des lettres africaines, décerné par l’Institut culturel africain en 1982
- Grand Prix littéraire de l’Afrique noire, décerné par l’Association des écrivains de langue française en 1987
- All Africa Okigbo Price for Poetry (Prix créé par Wole Soyinka et décerné par l’association des écrivains du Nigéria)
- Prix italien La Cultura della pace, décerné par l’association Insieme per la pace en 1989
- Officier de l’Ordre des arts et des lettres (France), 1989
- Commandeur des Palmes académiques (France), 1989
- Grand Prix littéraire du président de la République, 1990
- Grand Prix du rayonnement de la langue (médaille de vermeil décernée par l’Académie française, 1992)
- Prix Tchicaya U’tamsi pour la poésie africaine, décerné par la Maison des cultures du monde et le Forum afro-arabe d’Asilah (Maroc), 1998
- Officier de la Pléiade, Ordre de la Francophonie et du dialogue des cultures, décerné par le bureau de l’Assemblée internationale des parlementaires de langue française.

Désirée Hermione Ngoma