Le Festival panafricain de musique (Fespam), cette rencontre de musiques d’horizons africains divers, répond à cette préoccupation en réhabilitant certains acquis. Même chose pour Feux de Brazza, qui s’enfonce dans le Congo profond pour rattraper certaines danses traditionnelles en voie de disparition. Mais le constat demeure que les véritables danses folkloriques sont en train de s’effacer. Et pourtant, si cette culture dont le pays regorge pouvait être exhumée et présentée à la communauté musicale mondiale, notre pays y gagnerait beaucoup.
Les nombreuses danses folkloriques que nous observons dans les départements ne sont que des compilations, souvent sans originalité réelle. Dans la Cuvette, par exemple, les danses ondessa, ikango, opélaha, qui sont respectivement celles des pêcheurs, des initiés et des femmes d’un certain âge, ne sont plus qu’un lointain souvenir. Elles sont à peine perceptibles dans les villages lors des visites des autorités politico-administratives. C’est très triste !
Ces anciens folklores avaient surtout un caractère moralisant. Ceux qui se sont créés dans l’euphorie de l’urbanisation et qui utilisent des instruments pour amplifier le son laissent de côté cet aspect. La disparition des danses anciennes, par la nostalgie qu’elle engendre chez ceux qui les ont connues dans leur jeunesse, fait mal à la vieille génération. Rappelons que lors de cérémonies festives marquant l’anniversaire d’un groupe folklorique, au CEG de la Liberté à Talangaï, il y a de cela près de cinq ans, une autorité du pays s’était opposée à l’usage de baffles et de micros dans la rythmique de cette danse, car ce changement instrumental dénaturait l’originalité de la danse et entraînait la perte de la qualité primitive enrichissante.
La facilité avec laquelle se désagrègent les folklores dans nos villes est regrettable. Ainsi, le kingoli, le vocal bantu, le lato, le bana moye et bien d’autres, à cause des divisions qui les minent de l’intérieur, perdent de leur originalité et, dans ces conditions, le transfert de la tradition peut se trouver biaisé. Ces divisions sont-elles profitables à l’enrichissement du folklore ou ouvrent-elles la voie à un processus d’effacement de la spécificité des ensembles traditionnels ? Ce constat peut être fait au niveau de la société tout entière où l’ancien est vécu par certains comme suranné.
Face à ce constat, il est urgent que soient multipliées les stratégies pour arrêter le déclin de nos danses traditionnelles. Sans cela, il sera difficile pour la nouvelle génération d’avoir une idée réelle de ce qu’était la carte musicale de son pays. Ainsi est-il souhaitable que soient organisées dans les villages et les départements des cérémonies originales réservées aux danses traditionnelles en voie de disparition. Cela permettrait de réorganiser le folklore et soulagerait les anciens. Finalement, c’est le pays tout entier qui en sortirait enrichi culturellement.
Faustin Akono

