Pourtant, à des milliers de kilomètres de distance, il s’agit bien, à chaque fois, d’un long chemin à parcourir pour devenir un homme et être reconnu comme tel dans sa propre communauté. « Cette exposition se veut avant tout une exploration de quelques aspects majeurs des identités masculines dans les mondes africain et océanien », souligne Christiane Falgayrettes-Leveau, directrice du musée Dapper et commissaire de l’exposition.
L’Afrique est richement représentée avec des dizaines
de pièces, venues de collections privées et publiques.
Ces ornements, parures et emblèmes sans lesquels
les hommes se montrent rarement, témoignent d’expériences vécues, notamment lors des rites d’initiation qui marquent
les différentes étapes de la vie d’un homme. Il ne devient
un « être social » qu’après avoir traversé apprentissages
et transformations. « En effet, poursuit Christiane Falgayrettes-Leveau, les modifications de l’apparence première, autrement dit du corps nu, sont révélatrices du statut occupé au sein de la communauté. Tous les signes, objets et marques corporelles, affichent l’identité d’un homme et le situent au sein d’un groupe où il trouve sa place selon son âge et sa fonction. »
Il est remarquable de noter l’imagination et la créativité des artisans qui ont façonné ces parures :
ils ont su utiliser les ressources de leur environnement, en les transformant très peu, pour créer des objets d’une richesse formelle, très épurés parfois ou, au contraire, foisonnant d’éléments colorés et disparates.
À côté des matériaux (pierre, bois, fibres, os, métal), les animaux sont une source inépuisable : peau, griffes et dents de léopard, du lion, de l’hippopotame ou de l’éléphant, par exemple.
La beauté de ces pièces est d’autant plus émouvante qu’elle n’est pas du seul ordre esthétique :
parce qu’elles ont été portées, elles portent encore la trace des expériences, parfois douloureuses,
qui ont enraciné ces jeunes garçons dans leur société pour en faire des membres à part entière.
De l’ornement à la « Sape »
Parure, créativité et identité, il en est aussi question dans les étonnantes photographies sur l’univers de la Sape (Société des ambianceurs et des personnes élégantes) que le musée Dapper expose en même temps. Héctor Mediavilla, d’Espagne, et Baudoin Mouanda, de la République du Congo, ont magnifié cette culture urbaine, riche de couleurs et de paradoxes, entre marginalité et intégration, provocation et contestation. « L’art de se vêtir est un art de vivre », proclament les Sapeurs, qui revendiquent « le luxe ostentatoire, l’extravagance,
la vénération du paraître, la religion de l’habit ».
La Sape, partie de Brazzaville et de Kinshasa,
a gagné d’autres grandes villes africaines et la diaspora parisienne. Avec toujours le même talent, la même inventivité pour détourner les vêtements occidentaux de marque et les faire flamboyer grâce à des alliances,
des superpositions, des accessoirisations extravagantes et inattendues.

