Ceux-ci menaient une vie sans contrainte. Ils avaient faim ? Il leur suffisait de tendre la main et de décrocher un petit bout du Ciel pour s’en régaler. Ainsi, les Hommes prospéraient et le Ciel, juste au-dessus d’eux, leur dispensait chaleur et fraîcheur, lumière et obscurité, soleil et ombre…
Mais il arriva que les Hommes devinrent goinfres et insouciants. Il leur venait une petite faim ? Ils ne patientaient plus jusqu’à l’heure du repas, mais se taillaient sans attendre une solide part de Ciel. Trop vite rassasiés, ils rejetaient dans la mer ou dans le creux des montagnes les morceaux dont ils ne voulaient plus. Et les parts de Ciel séchaient et devenaient grises, abandonnées des Hommes.
Un jour, le Ciel se fâcha et les menaça :
– Cessez de me découper à tort et à travers si vous n’avez pas assez faim ! Nourrissez-vous avec mesure et raison… sinon, je pars et vous ne m’atteindrez plus !
Pendant tout un temps, les Hommes veillèrent à ne pas détacher des morceaux de Ciel s’ils n’avaient pas faim. Mais, bien vite, leurs mauvaises habitudes reprirent le dessus.
Un jour, un Homme se tailla une gigantesque part. Voyant qu’il ne la finirait pas et n’osant pas la rejeter, il appela sa femme et ses enfants. Ils n’en parvinrent pas à bout. Il appela alors ses plus proches voisins. Sans plus de succès ! Alors, il fit venir les voisins plus éloignés, puis ceux du village d’à côté et ceux des villages encore plus loin. Mais il restait encore du Ciel et tous étaient malades à force de s’en gaver.
Bien sûr, ils essayèrent de dissimuler les restes, mais ils devinrent secs et gris et cette fois, le Ciel entra dans une terrifiante colère. Il hurla, déversa les éclairs et la foudre, et encore des tombereaux d’eau, laissa le vent souffler en tornade et la mer se soulever en tempête.
Puis, il dit aux Hommes :
– Je rejoins le lointain firmament. Je vous laisse la chaleur et la fraîcheur, la lumière et l’obscurité, le soleil et l’ombre… mais vous ne me toucherez plus jamais.
Il se retira haut en lui-même et les Hommes ne le virent plus que de très loin. Parfois, ils ne le voyaient même pas à cause des nuages. Évidemment, ils durent cultiver la Terre pour se nourrir (ils essayèrent bien d’en détacher des morceaux et de les manger, mais ce fut en vain !). Du Ciel, ils ne reçurent plus que l’eau pour arroser leurs champs et engranger de belles moissons.
Et encore, pouvaient-ils s’en estimer heureux !

