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février 2006

L’Or et la Pluie

la naissance du fleuve

Sakoyo était un paysan très riche et très avare. Il vivait dans un village et, de tous les villageois, il était de loin le plus couvert d’or.

Une année, la saison des pluies se fit longuement attendre : les cours d’eau se desséchèrent et tous les plants des récoltes crevèrent sur pied.

Pas de récolte, pas de grain. Pas de grain, pas de farine. Pas de farine, pas de galettes ni de pain… Tout le village se lamentait ! Arrive Nkuya, le sorcier. Il va directement frapper à la porte de Sakoyo.

– Voici la demande du dieu des Pluies, lui dit-il. Creuse le champ au bout du chemin, et, au plus profond des sillons, cache tout l’or que tu possèdes. Alors, la pluie bienfaisante se répandra enfin sur les semailles. Avant même qu’il ait eu le temps de répondre, tous les villageois s’attroupèrent autour de Sakoyo et le pressèrent d’accepter. Déjà certains d’entre eux se saisissaient d’une bêche et creusaient les premiers trous.

Deux heures après, tout l’or de Sakoyo était répandu dans les sillons. Et le malheureux se lamentait en voyant son beau trésor disparaître peu à peu sous la terre. À la nuit tombée, les villageois se relayaient pour surveiller le champ. Ils se méfiaient de Sakoyo… et des voleurs qui n’avaient pas manqué d’apprendre ce qui était arrivé aux richesses de l’avare !

Deux jours passèrent, puis trois, puis quatre… Les hommes surveillaient les nuages d’un oeil et de l’autre le champ plein d’or. Sakoyo, lui, pleurnichait au fond de sa case et il avait même cessé de travailler.

Une nuit, tous entendirent des grondements dans le ciel. Puis de violents crépitements sur les toits. Et encore des bruits de torrents furieux… La pluie était là. Mais pas une bonne pluie chaude et bienfaisante. Non ! Des monceaux d’eau, dévastatrice et bouillonnante, chargée de boue et de branches d’arbres ! « Le dieu de la Pluie est en colère », hurlaient les hommes du village. Tous se précipitèrent dans le champ de Sakoyo… pour constater que la terre avait été éventrée et que tout l’or avait disparu.

À cet instant de l’histoire, le conteur marque une pause. « Sakoyo est le coupable. Il a volé son or au dieu de la Pluie ! », commentent les auditeurs. Et qui leur donnerait tort ? « Peut-être est-ce un voleur ? », plaide le conteur. Ou le sorcier ? Ou la pluie elle-même ? Le conteur poursuit son récit.

Le lendemain de ce déluge, d’immenses retenues d’eau s’étaient formées en aval du village. Au fond brillait l’or de Sakoyo. Il avait été entraîné par les cataractes qui s’étaient abattues sur le village. Elles seules avaient éventré la terre et dispersé l’or.

Sakoyo eut droit de le ramasser (il en manquait bien un petit peu…). Les villageois le remercièrent. Après tout, la pluie était venue et si elle était si forte, c’est peut-être que Sakoyo était trop riche !