Voilà de longues semaines qu’ils n’ont rien pris – les animaux, fuyant la sécheresse, se sont réfugiés dans la lointaine forêt humide – et ce matin, ils espèrent rapporter au moins quelque lézard, un lapin égaré ou une perdrix imprudente.
Après trois heures de marche, Yahela aperçoit sur le chemin un petit lapin des savanes. « Il n’est pas bien gros, s’exclame-t-il, mais cuisiné avec du manioc et des herbes, il suffira à nourrir ma famille ! » Et il se prépare à tirer une flèche bien ajustée.
Tolé, qui n’a pas vu le lapin, car il regardait à la cime des arbres pour voir s’il n’apercevait pas quelque coq gras, donne un grand coup d’épaule à son ami, fait dévier la flèche et tire à son tour avec une belle dextérité. Le lapin tombe raide mort ! Tolé se précipite, attrape la dépouille de l’animal : « Je suis un fin tireur, dit-il à son ami sans aucune vergogne, tu as vu ce coup de maître ? Voilà la récompense du chasseur qui se tient sur ses gardes ! »
Yahela ne dit rien. Il n’essaie pas de se défendre ni de récupérer le gibier qui lui revient pourtant. Il s’accroupit par terre et trace des mots sur le sol sablonneux. Puis il rejoint Tolé. Ce dernier n’ose pas lui demander ce qu’il a écrit. Peut-être une malédiction pour ce mauvais tour qu’il vient de lui jouer ?
Ils poursuivent leur chemin en silence. Soudain, sorti des hautes herbes sèches, un serpent se jette en sifflant dans les jambes de Yahela et menace de le mordre. Tolé lève son gourdin et d’un geste précis, il écrase la tête du serpent.
« Tu m’as sauvé la vie », dit Yahela. « N’aurais-tu pas fait pareil ? », répond Tolé. Et ils reprennent la route. Yahela laisse Tolé le devancer de quelques mètres sur le sentier et s’arrête près d’une dalle de pierre, lissée par le temps et les pluies. Il prend la lame de sa lance et grave quelques mots sur la pierre dure. Puis il va vers son ami.
Celui-ci ne dissimule plus sa curiosité. « Qu’as-tu écrit ? », demande-t-il. « J’ai d’abord écrit le mauvais tour que tu m’avais joué. Puis, ta promptitude à tuer le serpent et à me sauver la vie », répond calmement Yahela. « Pourquoi d’abord sur le sable et ensuite sur la pierre ? », s’étonne Tolé. « Le sable oubliera ton égoïsme comme je veux l’oublier. La pierre se souviendra de ton amitié comme je veux m’en souvenir », dit Yahela

