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Paris, le 25 juin 2009

Gervais Hugues Ondaye : « La culture doit exister dans toute sa diversité en se mêlant aux autres »



La sixième édition du Festival de la culture tékée (Fescute) s’est déroulée du 28 au 30 août 2009
à Menkao, dans la commune rurale de Maluku, située à 54 km de Kinshasa. L’enjeu de ce festival est de promouvoir la culture tékée, car la pacification de la sous-région d’Afrique centrale passe nécessairement par une cohabitation entre les multiples ethnies qui la composent. Gervais Hugues Ondaye, patron du festival Feux de Brazza, y a pris part et nous en parle


Les Dépêches de Brazzaville (LDB) :Peut-on connaître les grandes lignes de ce festival auquel vous avez pris part ?
Gervais Hugues Ondaye (GHO) :
Ce festival est devenu pour la sous-région qui regroupe le Congo, la République démocratique du Congo, le Gabon et même l’Angola, une plaque tournante importante de la culture dans toute sa diversité. Invité par l’abbé Stéphane Ngamputu, directeur général dudit festival bisannuel, j’ai été séduit par la richesse et l’ambiance qui ont prévalu lors de ces journées qui se sont déroulées au village. La qualité de l’accueil a été exceptionnelle, de sorte que chaque villageois
a reçu chez lui au moins un festivalier. Tout le monde était mobilisé dans ce sens. Cela fait assez longtemps que je ne m’étais pas couché sur une natte comme cela se passe aussi chez nous ! Cela m’a rappelé bien des choses, étant moi-même
« un enfant de la natte ». Un autre aspect non négligeable est l’appropriation populaire de ce festival par les femmes,
les hommes et les enfants. Tout le monde était dans la joie et l’on dansait partout. C’est un grand événement, qui s’apparente au Festival des chercheurs traditionnels du Mali.

LDB : Il s’agissait d’un événement faisant la promotion de la culture tékée. Quel a été l’apport de Feux de Brazza
à ce festival ?

GHO :
La quatrième édition de Feux de Brazza aura lieu en août 2010, et désormais nous nous déplaçons avec deux objectifs. D’abord pour la communication événementielle : nous faisons en sorte que partout où se tient un événement culturel où nous sommes invités, nous communiquions sur notre festival et vendions l’image de notre festival. Mais également, nous voulons mettre à profit ces rendez-vous en vue de détecter et apprécier nous-mêmes la valeur artistique de chaque groupe proposé pour participer à la prochaine édition. Ainsi, j’ai découvert à Menkao un groupe de ballet d’enfants qui sera invité à Feux de Brazza. Dans les prochains jours, nous allons parapher un accord de partenariat pour mettre à profit les échanges que nous avons eus avec les responsables du Fescute, en termes d’expertise et de circulation des artistes.

LDB : Ce festival est-il ouvert aux autres cultures ? Y avait-il d’autres personnalités du Congo-Brazzaville ?
GHO :
J’ai eu l’occasion de signifier à tous qu’au-delà de l’aspect téké, ce festival était un lieu de brassage culturel. Car dans le monde d’aujourd’hui, on ne peut vivre à l’écart. Heureusement que la chose a été prise en compte par les initiateurs du Fescute. Pour preuve, lors de chaque édition, ils ont toujours invité des groupes non tékés. Aujourd’hui, la culture n’a plus de terre. Elle doit exister dans toute sa diversité en se mêlant aux autres. Parmi les participants figurait en bonne place Ngampika Mpéret, un griot de chez nous très connu dans l’oralité de la tradition tékée. Avec son groupe Mantsiémé, il a fait une très belle prestation qui a honoré le Congo.

LDB : Quelle préoccupation majeure constatez-vous au retour de ce festival ?
GHO :
Les plaintes sont partout les mêmes, à savoir le manque de moyens, mais il faut insister pour continuer à donner vie à la culture de notre sous-région. Il est important de souligner que les décideurs de nos deux pays doivent accorder une attention particulière à notre culture. Un pays qui n’investit pas dans la culture est un pays sans avenir, la culture étant le fondement de l’avenir d’une nation. Nous avons besoin d’un soutien, on ne doit pas toujours compter sur l’extérieur pour financer notre culture, cela ne se fera jamais ainsi. Parce que la culture est un instrument de libération.

Propos recueillis par Jean Dany Ebouélé