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Mardi 25 août 2009

Peinture : Hilarion Ndinga peu connu des jeunes Congolais malgré sa longue carrière



Né le 17 janvier 1932 à Brazzaville, Hilarion Ndinga est sans doute l’un des rares artistes peintres congolais à avoir contribué au rayonnement de l’art dans sa dimension diversifiée à travers
le monde. L’homme, qui célèbre bientôt ses 58 ans de carrière, a connu d’autres peintres de renom

Hilarion NdingaIl rencontre pour la première fois le peintre camerounais Gaspard de Mouko à Brazzaville dans les années 1940. Il a fait connaissance plus tard de Guy Léon Fylla, son maître, de même qu’il a tissé une relation avec deux autres peintres congolais, Eugène Malonga et Faustin Kitsiba. L’ancien élève de l’école Saint-Vincent, devenu secrétaire dactylographe à la Banque nationale pour le commerce et l’industrie, abandonnera son service au profit de l’art. Ainsi va-t-il parcourir le Gabon, le Dahomey (Bénin), la Côte d’Ivoire, le Niger, le Burkina Faso et d’autres pays où son image vit toujours. En qualifiant Denis Sassou N’Guesso de grand mécène congolais, il avoue son estime pour l’homme.

Les Dépêches de Brazzaville (LDB) : Vous vous apprêtez à célébrer vos 58 ans de vie professionnelle dans l’art pictural… Quels sont vos souvenirs marquants ?
Hilarion Ndinga(HN)  :
J’ai bourlingué dans toute l’Afrique. Ainsi, je conserve dans ma mémoire toute une panoplie de la vie culturelle africaine. Non pas parce que j’en ai entendu parler, mais parce que j’ai vécu dans ces pays. J’ai vu leur mode de vie, j’ai partagé leur conception. Aujourd’hui, s’il m’est demandé de faire une certaine traduction de leur vie, c’est avec le réalisme ambiant que je peux le faire. Je parlerai avec mon cœur : en 58 ans d’expérience sur le plan pictural, j’ai certaines idées
à transmettre à la postérité. Le passage du système monopartiste à la démocratie m’a fait constater beaucoup de choses. Pendant le monopartisme, les artistes étaient organisés dans les mouvements engagés, comme l’Union nationale des écrivains et artistes du Congo. Pour ma part, je pense que l’artiste est libre et doit réaliser son œuvre de façon spontanée.
Je n’ai donc jamais souhaité faire partie de tels mouvements pour ne pas être manipulable. J’ai continué à travailler seul jusqu’à ce qu’avec mon maître, Guy Léon Fylla, nous formions une association d’artistes peintres indépendants et plus tard
une mutuelle des artistes peintres du Congo. J’ai beaucoup de souvenirs…

LDB : Qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans l’exercice de votre métier ?
HN :
À propos de mon métier d’artiste-peintre, je peux dire que le président Denis Sassou N’Guesso est pour moi un véritable mécène. Car depuis toujours, il encourage et soutient les arts. Tout le temps qu’il a passé au pouvoir, il a acheté des œuvres d’art congolaises, soit de la sculpture soit des tableaux, qu’il a offertes à ses invités illustres. D’ailleurs, beaucoup de mes tableaux ont été retenus et se trouvent aujourd’hui dans des résidences de chefs d’État. C’est pour moi un passeport important. Même quand il était président de l’Organisation de l’unité africaine en 1986, le président Sassou a fait doter cette organisation basée à Addis-Abeba d’une salle dénommée Salle Congo, dans laquelle on trouvait beaucoup d’œuvres de peintres congolais. Le président avait également des chefs de protocole très avisés qui tenaient à ce que le Congo soit représenté culturellement dans le monde.

LDB : Vous vous apprêtez à organiser votre jubilé. Qu’envisagez-vous ?
HN :
J’ai connu assez de temps morts dans mon parcours professionnel. Puisque nous évoquons des souvenirs, en réalité nous n’avons pas d’œuvres à léguer à la postérité et j’ai pensé qu’il fallait faire quelque chose. Dans le cadre de mon jubilé, je me prépare à faire quelque chose pour la postérité et qui représentera mes 58 ans de peinture. Au cours de cette cérémonie, je retracerai toute l’histoire politique du Congo à partir de portraits. Une époque marquée par une tradition culturelle dans des représentations vivantes.

LDB : Que représente pour vous le concept de culture dans sa globalité au Congo ?
HN :
Culture ne rime pas avec complaisance. Ceux qui l’aiment, la vivent et éprouvent le désir constant de la transmettre à d’autres sont des passionnés. Si la culture habite nos cœurs, on n’a rien à démontrer. On la vit ou pas, ça ne se cherche pas, ça se trouve. Je peux dire qu’un manque se fait sentir autour du président Denis Sassou N’Guesso malgré ses efforts personnels. On sent que la culture congolaise est abandonnée à elle-même. C’est regrettable pour notre pays, au moment où les autres avancent.

Propos recueillis par Jean Dany Ebouélé