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Mardi 4 août 2009

Rhode Bath-Schéba Makoumbou prépare une exposition
à la Galerie Congo de Brazzaville



De la peinture à la sculpture, il y a qu’un pas… C’est dans cet univers que baigne Rhode Bath-Schéba Makoumbou depuis son enfance. À Brazzaville, elle prépare deux grands événements
qui auront lieu en janvier : sa première exposition individuelle et une exposition itinérante.
Fidèle à sa thématique habituelle, qui porte sur l’identité de la femme, elle prône la conservation
de l’identité et la diversité culturelle. Elle accorde une grande importance à la question du sens dans l’art et du rapport entre l’artiste et son public


Rhode Makoumbou

Les Dépêches de Brazzaville (LDB) : Vous êtes à Brazzaville… Peut-on savoir ce que vous comptez entreprendre après ces quelques années d’absence ?
Rhode Bath-Schéba Makoumbou (RBSM) :
Je suis à Brazzaville pour préparer deux grands événements, l’exposition itinérante qui va annoncer la grande exposition individuelle que nous avons programmée avec la Galerie Congo de Brazzaville. Je suis là pour commencer à monter les œuvres que j’exposerai.

LDB : Comment cette exposition sera-t-elle composée, et sur quel thème ?
RBSM :
Je pense que j’exposerai sur ma thématique habituelle, qui est celle de la femme africaine dans ses activités de tous les jours, dans son quotidien. Montrer le caractère positif de la femme africaine, c’est ma thématique de base. À cela, j’ajoute des activités traditionnelles, des choses que l’on voyait fréquemment, mais qu’on ne voit plus de nos jours car la modernité arrive à grands pas. Je ne le fais pas par opposition au modernisme, mais pour le plaisir de l’échange et le rappel de ces richesses. C’est une façon pour moi de rappeler à la jeune génération que nous avons des repères qu’il ne faut surtout pas oublier, car lorsqu’on les maîtrise bien on comprend mieux l’évolution du monde. Il y aura également des thèmes comme Journée sans voiture et Femmes à vélo. Je m’inscris à la fois dans la modernité et dans le rappel des traditions.

LDB : Vous comptez présenter combien de pièces ?
RBSM :
Après la visite de la galerie, mon manager m’a fait savoir que nous pourrions exposer une trentaine de tableaux et une vingtaine de sculptures. Ce n’est pas négligeable pour une première grande exposition individuelle à Brazzaville…

LDB : Vous avez le projet de monter une exposition itinérante dans Brazzaville. Comment vous en est venue l’idée ?
RBSM :
Je suis une artiste qui attache de l’importance au rapport entre l’œuvre et le public, entre l’artiste et le public. Et comme on le sait, ma source d’inspiration est la rue. J’observe beaucoup, et c’est dans la rue que je puise. Je me suis dit qu’il fallait que j’aie un retour, que ce travail retourne à l’endroit d’où il vient. Je veux aussi qu’on puisse parler de l’art dans la rue… Nous exposons dans des endroits privilégiés – des galeries, des halls de grands hôtels –, là où tous les publics n’ont pas accès. Il faut donc aller vers le public. Voilà le but du projet : qu’on puisse parler de l’art dans la rue. Je vais commencer par monter des sculptures qui impressionnent par leur taille. Ces représentations sont des choses que les gens connaissent, des activités que les gens ont pour la plupart pratiquées, mais présentées d’une autre façon. Et comme l’exposition sera en plein air, il faudra jouer sur la grandeur des œuvres. Elles seront exposées sur un véhicule à plateforme et feront le tour de la ville à travers les grands carrefours et les grandes artères pour annoncer l’exposition à la Galerie Congo de Brazzaville. Ces deux activités auront lieu à la mi-janvier 2010.

LDB : Dans vos ambitions de rendre l’art accessible au public, n’avez-vous pas pour projet d’initier à la sculpture et à la peinture des personnes qui ont des talents à développer ?
RBSM :
J’ai cette envie de former les plus jeunes, de donner ce que je peux. Mais il faut d’abord commencer par sensibiliser le public, il faut que l’on parle de l’art. Le but de notre projet est de parler de l’art afin de susciter des vocations et que les gens puissent développer leurs talents.

LDB :Avez-vous été en contact avec l’École de peinture de Poto-Poto pour d’éventuels projets communs ?
RBSM :
Pour le moment, nous n’avons pas de projet commun. Cette école est une référence. Quand tout sera mis en place et s’il y a moyen de faire des projets ensemble, pourquoi pas ?

LDB : Après l’étape de Brazzaville, qu’envisagez-vous pour vous faire mieux connaître au Congo ?
RBSM :
J’envisage de monter des expositions à l’intérieur du pays dans les années à venir. Nous allons nous concentrer sur cette perspective. Je commencerai par Pointe-Noire et ensuite Dolisie, Nkayi, ainsi que le nord du Congo. J’aimerais vraiment me faire connaître tout le long du chemin de fer.

LDB : Quel bilan artistique faites-vous de ces dernières années ?
RBSM :
J’ai participé à 110 expositions depuis 2003. L’intérêt du public se développe et il y a de plus en plus de demandes d’exposition, parfois je n’arrive plus à suivre… Cela m’encourage de voir autant de gens qui dégagent de l’énergie pour mon travail, cela me pousse à continuer. Être une femme africaine artiste n’est pas toujours facile, j’ai donc tout le courage qu’il faut pour persévérer. En Afrique, j’ai exposé, individuellement et collectivement, dans plusieurs pays : la Côte d’Ivoire, le Cameroun, le Gabon, le Niger, le Sénégal, le Maroc, la Tanzanie…

LDB : Quel regard le public porte-t-il sur votre art ?
RBSM :
Cela dépend… Certains disent que je veux ramener le monde en arrière, parce que je parle de la chasse, par exemple. Au fond, je dis simplement que derrière toutes les activités que je peins, il y a une richesse et un savoir qu’il ne faut pas perdre. La modernité est là, nous n’allons pas rester en marge de la civilisation mais je dis attention, il y a des choses qu’il ne faut pas oublier. C’est un savoir et une richesse, c’est le message que je passe à travers mes œuvres.

LDB : Avez-vous un message à l’adresse des Congolais ?
RBSM :
Demander au public de passer visiter l’exposition à la mi-janvier, c’est une façon pour moi de partager cette richesse et de rappeler aux gens leurs repères, c’est capital pour moi ; et susciter l’envie de faire éclore des talents… Ce projet est important, car l’art en tant que facteur de communication, de développement et d’unité est le meilleur trait d’union entre les hommes.

Propos recueillis par Désirée Hermione Ngoma