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Paris, le 25 juin 2009

Entretien avec Yves Ollivier

Yves Ollivier est directeur du Centre culturel français de Brazzaville (CCF) depuis trois ans. Avant de conclure sa mission fin août et de céder sa place à Pierre Jullien, conservateur général des bibliothèques en France et directeur de la bibliothèque municipale de Toulouse, il décrypte pour Les Dépêches de Brazzaville le mode de fonctionnement du CCF de Brazzaville et ses difficultés.

Le CentreCulturel Français à Brazzaville

Les Dépêches de Brazzaville (LDB) : Hier matin était présenté au Sénat français le rapport sur le rayonnement culturel international de la France. Il y était question de la baisse des crédits accordés à l’action culturelle extérieure. Le CCF de Brazzaville est-il affecté par cette baisse budgétaire ?
Yves Ollivier (YO) :
Pas directement, mais le problème est plus complexe. Le CCF de Brazzaville reçoit une subvention de fonctionnement. Cette subvention, très importante, est de 360 000 euros par an. Ce n’est pas négligeable, mais pas suffisant. De fait, à elle seule, elle ne finance pas les charges fixes que sont l’entretien, la maintenance, les salaires, et par conséquent ne nous donne aucune marge de manœuvre d’activité.

Le coût de l’entretien, par exemple, est très important du fait de la taille de l’établissement qui couvre
4 000 mètres carrés. Il a été construit en 1995 à l’initiative de Jacques Chirac, alors Premier ministre, qui souhaitait à l’époque un bâtiment ambitieux. Autre exemple, le poste salarial, important : 26 personnes sont salariées (25 sont congolaises, 3 sont expatriées). Excepté les postes expatriés financés par le ministère français des Affaires étrangères, les salaires sont payés par cette subvention.

LDB : Si cette subvention ne couvre pas la totalité de vos charges, qui finance le reste ?
YO :
Les entreprises privées et les recettes propres. Nous recevons des subventions privées de deux entreprises :
Les Dépêches de Brazzaville et Zain. Ce sont les seules de la place à nous soutenir. Sans elles, nous ne pourrions pas fonctionner. Mais le problème est complexe : il n’est pas cohérent que des sponsors privés financent le fonctionnement d’un établissement public français… Quant aux recettes propres, elles proviennent de la billetterie et de la location des salles.

LDB : Le CCF a pour vocation de promouvoir la culture française. Cependant, vous présentez surtout des spectacles congolais. Est-ce pour des raisons budgétaires ?
YO :
En effet, 80% de l’activité culturelle et artistique présentée ici est congolaise ou africaine. D’abord pour une raison de fonds. Un CCF n’a pas pour vocation de faire seulement de l’exportation culturelle française, mais se doit aussi d’apporter un soutien à la création locale.
Par ailleurs, le contexte ici est particulier. Le ministère de la Culture manquant de moyens pour soutenir la création artistique congolaise, le CCF vient combler un manque.
Ensuite, la raison est financière. Faire venir des spectacles français coûte beaucoup d’argent et Culturesfrance, opérateur délégué aux échanges internationaux des ministères français des Affaires étrangères et de la Culture qui est censé les financer, voit lui aussi ses moyens se réduire. Normalement, nous devrions présenter davantage de spectacles français et dans toutes les disciplines artistiques, mais nous en sommes très loin. Aujourd’hui, ce sont les compagnies françaises qui trouvent des moyens financiers pour venir ici.

Ensuite, la raison est financière. Faire venir des spectacles français coûte beaucoup d’argent et Culturesfrance, opérateur délégué aux échanges internationaux des ministères français des Affaires étrangères et de la Culture qui est censé les financer, voit lui aussi ses moyens se réduire. Normalement, nous devrions présenter davantage de spectacles français et dans toutes les disciplines artistiques, mais nous en sommes très loin. Aujourd’hui, ce sont les compagnies françaises qui trouvent des moyens financiers pour venir ici.

LDB : Au final, c’est cette capacité d’exportation de notre créativité française qui se perd…
YO :
Oui, et il va falloir trouver des solutions. La limite n’est pas loin d’être atteinte. Soit, la France se donne les moyens de faire vivre le réseau mondial des CCF qui est le plus important du monde. Le service public (et notre présence culturelle dans le monde en est un) ne peut se passer de financements publics à la hauteur des ambitions affichées, même si des financements privés peuvent venir en complément. Soit, il nous faudra ne plus « faire semblant » et réduire nos ambitions, par exemple en concentrant les moyens disponibles sur un nombre plus limité de centres culturels. En Afrique, le problème est encore plus aigu puisque les CCF, dans l’état actuel du paysage culturel du continent, sont au cœur de la vie culturelle et artistique. En outre, en attendant que le relais soit pris par les politiques culturelles des États concernés, ils sont à mon avis irremplaçables. S’ils ne ferment pas, faute de moyens.

Propos recueillis par Bénédicte de Capèle