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10 mai 2010

Paris. Le royaume Makoko de Mbé retrouve son collier l’année du cinquantenaire des indépendances africaines

Un tandem de « femmes du monde » pour l’inauguration à Paris

La librairie Galerie Congo et les Dépêches de Brazzaville ont accueilli, le 7 mai à Paris, devant un important auditoire, la cérémonie de remise de la copie du collier du roi Makoko de Mbé, dont l’original se trouve au Musée du Quai Branly.

Ont pris part à cette cérémonie combien importante, l’écrivain et romancière du royaume Teké, initiatrice du projet, Eugénie Mouayani Opou, le secrétaire général du cinquantenaire des indépendances africaines, Jacques Toubon, le directeur du Musée du Quai Branly, Yves Le Fur, un élu de la ville de Paris, Pierre Chapirat, en charge des relations internationales, des affaires européennes et de la francophonie, le directeur de cabinet du ministre congolais de la Culture et des arts, Célestin Akoulafoua-M’Voula, le président de Bibliothèques sans frontières, Patrick Weil, et son directeur général, Jérémie Lachal, le conseiller culturel de l’ambassade du Congo en France, Gisèle Bouanga-Kalou, et Sœur Marguerite, citoyenne du royaume de Mbé.

Introduisant la soirée, Le directeur général des Dépêches de Brazzaville, Jean-Paul Pigasse, a félicité l’initiatrice du projet de création d’un centre de documentation et d’archivage à Mbé, ceux qui l’ont accompagné, et tous ceux qui ont tenu à assister à sa remise. Il a remercié particulièrement Jacques Toubon et Yves Le Fur pour leur présence.

L’émotion fut grande pour les Congolais, et pour Eugénie Mouyani Opou, qui a parlé de « mémoire retrouvée », l’histoire du peuple Teké, et l’assurance d’ « un devoir accompli ». Celui du retour du collier du roi du Makoko de Mbé. Jérémie Lachal s’est dit déterminé à poursuivre la création d’un « centre culturel » à Mbé, pour en faire un lieu de rencontre et de partage de la culture, en droite ligne avec les activités de Bibliothèques sans frontières : « Promouvoir le patrimoine et les cultures des pays, favoriser l’accès au savoir et inscrire le livre et l’écrit dans le développement économique et culturel », a-t-il indiqué.

Certes, outil de transmission du savoir, mais aussi « d’ouverture à l’autre, et modèle de développement durable, essentiel à l’exercice de l’esprit critique et de l’éducation et à la démocratie, à la justice et au dialogue des cultures, qui favorise l’ouverture à l’altérité et au monde », a ajouté Patrick Weil.

Eugénie Mouayini Opou a retracé les conditions dans lesquelles le roi Makoko de Mbé et son peuple s’étaient séparés dudit collier : « Une histoire de malentendu entre le roi et la France, dont ce jour marque la renaissance, la cohésion des peuples. » Comme avait dit le roi à Eugénie : « Le collier n’est pas un problème entre la France et nous, c’est plutôt de la barrière de la langue … l’incompréhension qui en découle, l’ignorance mutuelle et les interprétations divergentes…» C’est l’interprétation de deux couleurs, le blanc et le rouge, un symbole très important pour le peuple téké qui serait à l’origine de la mise sous protection en France du collier du roi Makoko de Mbé.

Pour Jacques Toubon, la remise de la copie du collier du roi Makoko de Mbé, « est une opération emblématique ». Il a regretté « l’incompréhension entre les deux peuples ». Mais ce fut l’occasion pour cet ancien ministre de la Culture, d’insister sur « la conciliation dans la diversité culturelle », le collier du roi Makoko de Mbé étant le « symbole de malentendu », la remise du collier et le cinquantenaire des indépendances africaines, « l’emblème de la compréhension des cultures, d’une relation nouvelle ».

Jacques Toubon s’est félicité de la politique du Congo « de durabilité pour le maintien de la forêt du Bassin du Congo », comme un atout pour le développement. Sans oublier l’apport de « sa musique, sa culture, son art, sa sape… qui ont depuis toujours contribué à enrichir la culture européenne, aujourd’hui afro-européenne ». Prenant la réplique du collier du roi Makoko de Mbé comme symbole, « nous sommes deux pays, deux nations, certes, mais aux rapports pacifiés, ce collier est symboliquement plus cher, plus significatif, en comparaison avec les richesses minières du pays », a-t-il poursuivi.

Le directeur du Musée du Quai Branly, Yves Le Fur, s’est chargé personnellement de remettre à Eugénie Mouayini Opou la réplique du collier, « un objet symbolisant les rapports du peuple Téké avec la France ». En fin spécialiste, Yves Le Fur a appris à l’auditoire que les dix-sept excroissances du collier du roi symbolisaient les dix-sept villages qui composèrent le domaine royal.

Pierre Chapirat, en charge des relations internationales, des affaires européennes et de la francophonie, mais surtout financeur du projet du collier du roi Makoko de Mbé, a indiqué que ce financement avait un caractère intégrateur, ce qui a peut-être facilité sa labellisation par le secrétaire général du Cinquantenaire des indépendances africaines. Patrick Weil, a estimé pour sa part la remise du collier du roi Téké au Congo comme une victoire d’étape, « l’objectif suivant étant l’érection d’un centre de documentation et d’archives Téké, invitant à travailler tous ensemble pour les suivantes ».

D’autres vœux se sont greffés à l’événement, comme par exemple le souhait de Sœur Marguerite, citoyenne du royaume de Mbé, que soit renforcée la lutte contre l’illettrisme dans la contrée, résolu le problème de l’eau et un jour relancé l’artisanat du raphia à Mbé.

Gisèle Bouanga-Kalou, conseiller culturel de l’ambassade du Congo en France, a manifesté son souhait que l’exemple d’Eugénie Mouayini Opou - initiatrice du projet du retour du collier du roi Makoko de Mbé - « serve à d’autres Congolais pour valoriser notre culture ». Elle a souhaité que l’on n’oublie pas le royaume de Loango dans le département du Kouilou, « où plus de 2 millions d’esclaves venus du Gabon, de la côte angolaise, de la RD Congo ainsi que du Congo-Brazzaville, ont transité par son port, jusqu’aux Amériques ».

Du directeur du cabinet du ministre congolais de la Culture et des arts, Célestin Akoulafoua-M’Voula, enfin est venu une nouvelle encourageante. En effet, il a indiqué que le budget 2010 du ministère de la Culture prévoit la construction du palais du royaume de Mbé. « Car il faut réécrire l’histoire », a-t-il déclaré avant d’appeler les Congolais à défendre leur culture, montrer leur attachement, considérant que « tout Congolais est Téké ».

Noël Ndong